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Vygotsky
La construction sociale des savoirs
Louise Ménard, enseignante-chercheure
Article revu et corrigé par Thérèse Laferrière,
professeure chercheure
Psychopédagogie Université Laval
Décembre 2002
Vygotsky et la conception sociale du développement
Vygotsky (1896-1934) théoricien de l’apprentissage par le groupe.
Sa thèse : les cognitions émergent dans et par l’interaction
sociale. Sa théorie historique-culturelle du cognitif met l’accent
sur les outils sociaux tels que le langage, grâce auxquels se développe
l’intelligence. Pour lui, l’intériorisation des activités
pratiques en activités mentales de plus en plus complexes est assurée
par les mots, surtout écrits (associés ou dissociés), origine
de la formation des concepts. Le langage est le médiateur par excellence
du passage de l’intériorisation à l’extériorisation.
Extérioriser sauve l’activité cognitive de l’implicite en la rendant
davantage publique, négociable et "solidaire " ; elle la rend également
plus accessible à l'intériorisation, c'est-à-dire à la
réflexion et à la métacognition ultérieure. Vygotsky considère le processus
d’apprentissage enraciné dans la sociabilité humaine avec
tous les éléments sociaux et l’affectivité qui la
caractérisent. Il estime que les instruments de développement
psychologique que sont les mots, les théories de recherche, les procédés
mnémoniques, etc. ne sont accessibles à l’apprenant que
dans le cadre de la communication avec l’adulte et de la collaboration
avec les autres. Il jette ainsi un regard sur les relations représentant
le degré d’influence exercé par un apprenant sur un autre
lorsque la discussion explore les intentions comportant des éléments
langagiers parfois connus et parfois inconnus de l’ensemble des partenaires.
La zone proximale de développement
C’est cet équilibre entre le connu et le non connu (le familier)
qui caractérise sa notion de zone proximale de développement (ZPD)
et c’est là, selon lui, que résident les meilleures possibilités
d’apprentissage. Cette zone représente ce que l’apprenant
n’est capable de faire qu’en étant guidé par une personne
plus compétence tout en ayant les connaissances et les habiletés
de base sur lesquelles il doit s’appuyer. Cette façon de concevoir
l’apprentissage suppose qu’il est préférable de susciter
le travail d’équipe, de façon coopérative, puisque
les participants sont placés en situation d’expliciter leurs démarches
mentales lesquelles sont susceptibles de permettre à l’apprenant
d’ajuster ses conceptions et de structurer de nouvelles connaissances.
C’est à travers l’interaction sociale, lieu propice à
une restructuration du fonctionnement intellectuel, que l’apprenant peut
construire de nouveaux outils cognitifs. Dans cet optique de socioconstruction,
on met donc l’accent sur l’interaction avec les autres pour favoriser
la construction des connaissances. Cette confrontation des conceptions s’effectue
avec des pairs et avec une personne accompagnatrice. D'après Vygotsky,
l'enseignement doit utiliser les résultats du développement de
l'apprenant plutôt que de précéder le cours de celui-ci
ou d'en changer de direction. Enseigner ou médiatiser à partir
des ressources disponibles dans le collectif ne pourrait donc que renforcer
les combinatoires de connaissances et de savoir-faire particuliers (intelligence
multiple de Gardner, 1983) à un apprenant. Cette approche s’oppose
à une démarche où l’on dit à l’apprenant
quoi faire et comme le faire avant l’enclenchement du processus social
et interpersonnel de l’expérience individuelle et collective sur
les situations problèmes. Le changement qui découle de la perspective
socioconstructiviste nécessite l’acception d’un état
de déséquilibre et la prise de certains risques pédagogiques.
L’échafaudage (scalffolding)
Vygotsky dépasse ainsi la théorie de construction des savoirs de Piaget en parlant
d’autostructuration assistée. Il appuie sa théorie du développement dans la
zone de proximité en lui associant la notion d’échafaudage. Cette conception
réfère à des stratégies, des techniques et des procédures utilisées par la personne
qui échafaude un apprentissage pour un apprenant ou un groupe d’apprenants.
L'échafaudage est plus qu'une succession d'étapes conduisant à une connaissances
ou à une habileté à acquérir. Il est un jeu de relations entre plusieurs participants
collaborant à l’actualisation des ressources intérieures. Des échafaudages peuvent
être fournis de manière imprévisible par des élèves travaillant avec d’autres
élèves. Ainsi, l’argumentation entre des pairs qui collaborent pourrait servir
de dialogue intérieur à l’apprenant. La perspective du social dans le développement
affectif et cognitif entraîne l’apprenant à s’impliquer (s’engager) suffisamment
dans la démarche collective pour qu’il ait envie de partager son discours intérieur
avec le groupe classe.
Défi de l'apprentissage-enseignement dans la construction
sociale des savoirs : l’accompagnement
Le rôle de l’adulte, en l’occurrence l’enseignant, et de l'apprenant expert
est d’outiller l’élève dans sa zone proximale de développement afin qu’il soit
confronté à une situation qui cause problème, qu’il se pose des questions
(remise en cause des certitudes, entre autres), qu’il s’ouvre à la construction
qui intégrera les apprentissages, construits seul mais élaborés avec les autres.
L'’interaction si situant dans la zone proximale de développement, si elle est
inspirée par l’idée accompagnement, permet à l'apprenant de fonctionner conjointement
avec autrui à un niveau supérieur à ce qu'il serait capable de faire seul et,
dans un second temps, de retirer l’échafaudage dès qu’il est présumé qu’il peut
fonctionner au niveau désiré, seul ou en groupe. Cette posture de l’accompagnement
à laquelle nous voulons familiariser les apprenants et les enseignants n’est
en aucun cas transposable intégralement à tous les types de situation. Cependant,
elle privilégie tout autant la logique du processus que le résultat. Dans un
contexte d’interactions sociales, l’accompagnement est partie intégrante de
l'activité cognitive. Qu’appelle-t-on accompagnement ? Ici, nous renvoyons à
la conception de l’accompagnement socioconstructiviste de Lafortune et Deaudelin
dans leur ouvrage (2001)
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