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--> Québec, ma ville. Mémoire
des escaliers patrimoniaux : que racontent-ils ?
Louise Ménard
Séquence 7 Écrire un récit en élaborant des intrigues
Tâche : Rédaction d'un récit d'environ 500 mots. Contrainte : les lieu et société de l'escalier
Démarche
Un peu de théorie
Il y a bien des années, le conte ne se limitait pas
à une forme de littérature orale, c'était une véritable
pratique sociale. Encore aujourd'hui, dans certains pays, le conte fait partie
intégrante de la culture populaire et joue un rôle dans la cohésion
sociale.
Le conte n'était pas une émanation spontanée du peuple.
Il appartenait, et appartient encore, à un contexte culturel précis.
Il est important de noter que les contes étaient racontés dans
beaucoup de conditions très différentes : les veillées,
les travaux des champs, les grandes fêtes. Et le conte n'était
pas lié à une classe sociale. Au Moyen Age on contait dans le
bas peuple comme chez les nobles.
La façon de conter, quant à elle, ne se limite pas à réciter un texte appris par coeur. Le conteur apprend la trame de son histoire, puis, à mi chemin entre la récitation et l'improvisation, il raconte avec ses propres mots, suivant le contexte, suivant ses sensations, et aussi, suivant son public. Oublions une fois pour toute ces phrases toutes faites que peu de conteurs utilisent comme : "il était une fois..." ou bien "ils vécurent heureux et eurent beaucoup d'enfants..." http://www.recitoire.org/MultiFrames.html
Deux exemples
L'Escalier
Il montait, montait et montait encore, marche après marche, en se tenant à la fragile rambarde hélicoïdale. Que pouvait-il faire d'autre que monter? D'ailleurs, il valait mieux pour lui qu'il ne reste pas immobile au sein de cet univers hostile.
Il ne se souvenait plus combien de marches il avait parcourues. C'est à peine s'il se rappelait le pari stupide qu'il avait fait, jadis, d'entreprendre l'ascension de l'Escalier. Depuis, maintes marches avaient passé, maintes aventures lui étaient arrivées.
Au début, il montait l'Escalier en courant, ne sachant pas ce qui l'attendait. Petit à petit, au bout de quelques milliers de marches, son allure avait commencé à ralentir. D'un hardi pas de course, sa démarche était passée à une marche rapide. Quelques dizaines de milliers de marches plus loin, son allure avait nettement ralenti encore. Enfin, maintenant, il avait de la peine à lever un pied après l'autre pour atteindre la marche suivante.
Il ne croisait pas beaucoup de monde sur l'Escalier: il avait rencontré à peine une dizaine de personnes depuis le début de son ascension. Ces personnes avaient d'ailleurs toutes un petit air de famille.
Le dernier individu qu'il avait croisé était un jeune homme qui courait à toute allure en montant les marches; il n'avait eu le temps que de s'écarter contre la rambarde pour céder le passage à ce fou furieux. Cela lui avait rappelé le vieillard qui était le premier individu qu'il avait rencontré sur l'Escalier. Le vieil homme était presque couché sur la rambarde quand il l'avait dépassé, sans lui accorder davantage d'attention.
Il avait rencontré d'autres individus plus bizarres encore, comme cet homme qui dévalait l'Escalier en hurlant comme un damné - damné qu'il était lui même en train de devenir, d'ailleurs.
Peu de gens le saluaient au passage, et encore moins d'individus engageaient la conversation avec lui. Les gens étaient indifférents à son égard, à un point tel qu'il ne s'était bientôt plus donné la peine de saluer les gens qu'il croisait.
Il lui était arrivé à deux reprises d'engager la conversation avec un compagnon d'ascension. Comme lui, ses interlocuteurs avaient entrepris l'escalade à la suite d'un pari stupide; comme lui, ils étaient terrassés par l'immensité écrasante de l'Escalier; comme lui, ils avaient été enthousiastes au début, puis avaient peu à peu déchanté... Cependant, leur estimation du nombre de marches parcourues divergeait nettement de la sienne. Le premier individu, vieillard qui montait les marches avec peine, l'estimait à quelques dizaines de milliers, alors que cela n'en faisait que quelques milliers qu'il montait - il marchait encore d'une allure assez rapide. Le second individu, jeune homme qui montait rapidement les marches, l'estimait à quelques milliers, alors que cela faisait maintenant quelques dizaines de milliers de marches qu'il franchissait - il commençait à ne plus pouvoir marcher très vite. Dans les deux cas, étant données leurs allures respectives, ils s'étaient rapidement séparés, le vieillard disparaissant derrière lui dans le premier cas, et le jeune homme le distançant dans le second cas.
Une autre fois, il avait rencontré un individu qui s'était adressé à lui en ces termes: «Malheureux! Redescends pendant qu'il en est encore temps! Je te le dis: je suis toi et tu es moi, cet Escalier est maudit!» Puis l'homme s'était mis à descendre l'Escalier, par bonds de quatre marches. A l'époque, il n'avait pas compris ce que voulait dire cet homme. Comment pouvait- il être lui, puisqu'ils étaient deux? Pourquoi redescendrait-il alors qu'il avait parié d'atteindre le sommet de l'Escalier?
Il se rappelait maintenant d'un incident qui avait eu lieu peu avant le début de son ascension: alors qu'il était encore avec son ami au pied de l'Escalier, ils avaient vu surgir un vieil homme en haillons, le visage ravagé par la souffrance qui leur avait dit que l'Escalier était maudit des Dieux, et s'étant tourné vers lui, il lui avait à peu près tenu le même langage, l'implorant de ne pas entreprendre l'ascension, tant qu'il en était encore temps. Comme il ne l'avait pas écouté et était parti malgré tout, le vieil homme s'était effondré contre son ami.
Quelque temps plus tard, il s'assit découragé. Il ne pouvait plus monter une marche, c'en était trop. Il ferma les yeux et s'allongea sur les marches.
«Allons, réveille toi mon vieux!»
Il ouvrit les yeux et se rassit. Un vieil homme, aussi vieux que lui, et qui avait l'air aussi exténué que lui, descendait vers lui.
«Je vais t'expliquer ce qui se passe, lui dit-il. Les différentes personnes que tu as rencontrées, toi et moi-même, nous ne sommes qu'une seule personne. Je ne sais pas de quel royaume maléfique participe cet Escalier, mais apparemment tout être y pénétrant se retrouve lui-même comme dans un grotesque miroir, aux différentes phases de l'ascension. C'est ainsi que, comme moi, tu as discuté plusieurs fois avec toi même - avec moi même - t'es croisé maintes fois, sans te reconnaître bien sûr. De même, le vieil homme qui s'est effondré dans les bras de notre ami à notre départ, c'était nous. J'ai bien essayé - tu as bien essayé - de convaincre ton moi - mon toi - de renoncer à l'ascension à différents moments, mais en vain. Maintenant, il va falloir redescendre.»
Sur ces mots, les deux vieillards se fondirent en un seul individu.
Celui-ci se mit à descendre les marches de plus en plus vite, essayant d'engager la conversation avec ses différentes incarnations et de les prévenir de ce qui les attendait, mais sans plus de succès que dans ses souvenirs. Il n'avait aucune chance, d'ailleurs, puisque cela était déjà arrivé.
Bientôt, encore une fois découragé, il se mit à courir à toute vitesse en descendant ne faisant plus attention aux jeunes hommes qu'il croisait, qui avaient été lui jadis.
Une éternité plus tard, il arriva enfin à la première marche et quitta l'Escalier, enfin!
Il tenta encore une fois, par désespoir plus que par conviction, de se convaincre de ne partir pour l'ascension, puis voyant son jeune moi entreprendre malgré tout la montée, s'effondra dans les bras de son ami.
Le vieillard finit ses jours dans un asile: personne n'avait
rien compris à l'histoire absurde qu'il racontait depuis qu'on l'avait
trouvé seul, errant dans le désert...
Thalie
Et conte régional à cette adresse http://www.recitoire.org/MultiFrames.html