Un texte d’Henri Michaux : Nouvelles observations

La nuit remue

Là je rencontrai les Phlises , les Bourabous, les Cournouaques et des bandes de sauteurs plus agiles que des grillons, malgré leur taille et leur corpulence , les Buresques , écrasés et poilus comme des paillassons, les Noisis et les Ptériglottes ; les Burbumes qui chevauchent comme des vagues et sont couverts de longs poils blancs soyeux, les Chérinots et les Barabattes, lourds comme l’ours, violents comme le cobra, têtus comme le rhinocéros ; les Clangiothermes, les Ossiosporadies, les Brindogudules au cent queues et les Cistides toujours empêtrés dans des plantes et forant des coquilles ; quantité de parasites, les Obioborants à cornac (une sorte de monstre du tiers de leur taille qui se fixe sur eux pour la vie) , les Chiripépodes qui ont un tas de pattes inutiles qui leur pendent comme des haillons, les Solidodiercules à colocos et les Criptostarsites aux gros boyaux extérieurs, les Routeries encapuchonnés et les Urvèles qui volent comme des les grues et ne sont plus gros qu’une noisette, les colonies nombreuses des Suppurines, des Brunoises et des Ourwailles ; et partout des orvets manchetés inoffensifs, mais si semblables aux terribles Ixtyoxyls du Mexique que c’était une panique à chaque mouvement de l’herbe.

 

Le texte de Norge

La faune

« Et toi, que manges-tu ?
-Je mange le velu qui digère
le pulpeux qui ronge le rampant.
-Et toi, rampant que manges-tu ?
- Je dévore le trottinant qui bâfre
l’ailé qui croque le flottant .
Et toi, flottant, que manges-tu ?
-J’engloutis le vulveux qui suce
le ventru qui mâche le sautillant.
Et toi, sautillant, que manges-tu ?
-Je happe le gazouillant qui gobe
le bigarré qui égorge le galopant.
Est-il bon, chers mangeurs, est-il
Bon, le goût du sang ?
-Doux, doux, tu ne sauras jamais
comme il est doux, herbivore. »