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La part des TIC dans les apprentissages
Louise Ménard
Enseignante à PROTIC et CP partenaire
École secondaire les Compagnons-de-Cartier, Québec
février 2006
L’usage quotidien des ordinateurs portables et les multiples possibilités de connexions aux réseaux (Internet et intranet) introduisent de nouvelles organisations et de nouveaux types de rapports entre l’enseignant et les élèves entre eux. Là se trouvent les sources potentielles de grands changements dans l’organisation et dans l’utilisation de l’espace et du temps de l'enseignement-apprentissage.
Les sciences cognitives
Les études issues des sciences cognitives doivent être prises en compte non seulement pour améliorer la pédagogie, mais plus encore pour adapter les structures aux possibilités et aux nouvelles contraintes individuelles et collectives que représente l’utilisation généralisée des TIC et des outils réseaux. Nous focussons sur trois problématiques liées aux savoirs.
Le temps
Les TIC porteuses de possibilités de travail en plus grande autonomie demandent aussi des emplois du temps plus souples et des séquences de tâches et d'activités adaptées. Cette organisation du temps se traduit, pour moi et mes collègues du PROTIC, en un enseignement de 12 périodes de 70 minutes par groupe classe sur un cycle de 9 jours. J'intègre donc le français (6périodes), l'histoire (3périodes) et la géographie (3 périodes) par cyle de 9 jours. Cette organisation du temps me permet de définir des situations à caractère interdisciplinaire. Les situations d'apprentissage en intégrant plusieurs compétences disciplinaires et transversales vont bousculer le temps. Ainsi dans une cycle de 9 jours et 12 périodes, voici la distribution :
L'espace
Cette nouvelle dimension du temps a un impact sur l'espace. En effet, les groupes d'élèves demeurent ensemble dans la classe alors que l'enseignant change de local. Le sentiment d'appartenance entre les élèves décuple et du même coup la communication entre eux. Cette organisation privilégie de ce fait un travail plus coopératif. Il s’agit d’un élément extrêmement important rendant souhaitable une forme de pédagogie de proximité qui encourage la collaboration et pour laquelle l’adulte est devant le fait d'un accompagnement pédagogique à innover. La communication entre les élèves et l'enseignant se transforme.
Ces nouvelles organisations de l’espace deviennent également nécessaires par la nature même des outils informatiques et multimédias. Les outils de communication peuvent faire abstraction des murs de la classe. Ils entraînent l’ouverture de la classe au monde extérieur. En effet, les TIC permettent aussi bien d’exporter la classe vers l’extérieur que de faire pénétrer l’extérieur dans la classe. La communication par courrier électronique, par forums, par clavardage, par l’intermédiaire de plates-formes de communication ou de travail collaboratif, introduit le lointain dans la classe, donne naissance à une forme d'apprentissage dans laquelle se mêlent la présence et la distance. Cette distance peut tout aussi bien se calculer en mètres qu'elle peut se calculer en qualité si on lui applique un critère de jugement critique sur l'accomplissement.
Le matériel informatique et multimédia
Les outils réseaux constituent des instruments de travail incontournables. Certes les difficultés d’entretien et de maintenance des réseaux et des logiciels peuvent contribuer à freiner leur utilisation pédagogique. Il est donc primordial de planifier les investissements en réfléchissant les conditions et les coûts de maintenance, le taux de fiabilité du réseau, les pannes possibles, l'achat de licences de logiciels et l’environnement multimédia (projecteurs, table de montage de l'image et table de montage du son, caméra photo numérique, caméra vidéo numérique). Certains élèves peuvent opérer certains aspects de maintenance de leur portable.
Un code d'éthique est aussi à concevoir. Sont à prévoir les moyens qui vont assurer son application. Puis, il faut penser à quelques trucs à fournir aux parents pour surveiller le travail de son enfant à la maison (l'apport entre la navigation, la communication et le travail réel).
La socialisation
L'ordinateur introduit dans la classe un élément pour lequel il n’était pas prévu. En favorisant le distant, sans que cela ne soit au détriment de la présence, les TIC donnent l’apparence de dispositifs facilitant la socialisation. Alors que l'on aurait plutôt envisagé un travail individuel pour leurs utilisateurs, il s'avère que son usage au quotidien encourage la socialisation et les contacts tout en ayant la possibilité de rendre accessible leurs traces de cheminement. Dans ce cadre intégré des TIC réseau, le contact entre les élèves, les contacts avec l’enseignant (des rapports de nature hiérarchique) contribuent à l’apprentissage de la vie en société réelle des élèves. Les TIC par essence même conduisent à la communication et au travail en équipe.
Les activités d'acquisition et de construction
Les outils de la technologie et les réseaux sont plus des instruments d’acquisition et de construction des savoirs que des outils de leur seule transmission. Il s’agit là d’un aspect fondamental dont on doit tenir compte si nous avons l'intention d'intégrer des TIC dans les classes. En effet, l’appropriation, la construction et la production des savoirs demandent davantage que leur transmission. En particulier, elles font beaucoup plus appel aux capacités de recherche et de communication et au travail en projet. Les opérations et méthodes facilitant le jugement critique prennent ainsi une importance capitale à travers la multitude des informations distribuées sur Internet. Il est donc primordial que les élèves développent, outre des connaissances déclaratives, des connaissances procédurales, lesquelles s'adaptent à des conditions de contextes différents.
L'expertise des élèves
L'enseignant qui maîtrise minimalement les outils informatiques des TIC ou les logiciels se sent plus sécurisé. Mais, il est possible d'utiliser les expertises des élèves. Nos classes sont en majorité des garçons : sur une classe de 32 élèves, le quart sont des filles. C'est un pourcentage assez récurrent depuis les débuts du PROTIC. Pourquoi ? À cause de l'objet "ordinateur-portable", à cause de l'activité physique et sociale qu'il entraîne ? Chose certaine, ce sont les garçons qui vont s'intéresser à découvrir les fonctions des outils informatique de la technologie et non les filles, qui elles cependant les utilisent une fois qu'un ou l'autre gars les ont explorées.
En début d'année, nous distribuons un questionnaire aux élèves. Les énoncés touchent leurs usages de différents logiciels et outils informatiques et réseaux, mais également leurs habitudes de navigation et de jeu, d'où le caractère anonyme du sondage. Je sais donc si j'ai au moins un élève dans mes groupes qui sait créer un "blog", qui connaît la technologie "wiki", qui sait faire du "Flash", ce qu'ils font lorsqu'ils arrivent sur un site à caractère pornographique, etc.
Au fur et à mesure des besoins créés par les situations d'apprentissage, des élèves sont promus "experts" et ce sont eux qui deviennent responsables de diffuser leur savoir-faire aux autres lorsqu'un outil devient support aux finalités ou à retracer les processus.
Les impacts d'un usage quotidien
Une augmentation des usages d’internet comme ressource documentaire est observée et elle a des conséquences. En effet, on est bien obligé de constater la modification des stratégies de lecture (compréhension de l'écrit) des élèves en général et plus particulièrement de nos élèves dans un contexte si fortement intégré des technologies réseaux. L'élève développe quelques habiletés à retrouver les informations par mots-clés (Google et la fonction "rechercher" le mot ou l'expression dans la page), mais nous devons enseigner les stratégies qui vont mener à la compréhension, fournir les occasions à l'élève de partager son idée à propos des extraits contenant ce mot-clé. Cependant le défi, c'est de lui offrir un cadre "réseau" pour construire le sens des informations qu'il a déjà retrouvées dans ces formes de "réseaux".
Dans ce sens l'enseignant a à développer des outils d'étayage qui vont lui permettre de mieux accompagner les stratégies de lecture : planification ou construction du sens, compréhension et interprétation de texte(s), réactions aux textes et évaluation de l'efficacité de sa démarche. La compréhension de l'écrit peut s'évaluer dans trois types d'activités de lecture : retrouver de l'information, interpréter le texte, analyser et évaluer le texte (OCDE dans son étude sur les compétences en lecture 2001).
De plus, lorsque l'élève peut réagir au texte avec les autres, il alors possible de mettre l'accent sur les aspects transformatifs des savoirs et sur les aspects du travail collaboratif.
Puis il y a la question posée sur la part d'usages occupationnels de l'ordinateur. Là réside le défi. Quelle est la part d'apprentissage et la part de perte de temps dans l'utilisation quotidienne des TIC ? Il est ici incontournable de bien énoncer son intention pédagogique et de créer des outils matériels qui viennent supporter le cheminement intellectuel et méthodologique de l'élève, qui viennent provoquer l'action, voire l'interaction, responsable des apprentissages qui se créent dans la classe.
La motivation
À la condition de s'appuyer sur un contexte pédagogique repensé, il est possible d'amener l'élève à développer sa capacité à agir sur son niveau de motivation et de l'engager progressivement dans une responsabilité accrue des apprentissages. Nous avons privilégié cinq dispositifs pour faciliter la gestion du niveau de motivation par l'élève : communiquer, faire confiance, responsabiliser, mobiliser et élaborer un climat de coopération et de collaboration.
Le programme d'études et le Programme de formation
Dans ce sens, l'approche par compétences et les éléments contenus dans les programmes d'études et dans le Programme de formation sont facilitants. Ils permettent à l'enseignant de "cartographier" les savoirs-faire et les contenus à explorer, d'étayer les chemins qui permettront d'observer les tracés singuliers et les points de vue éclairants, de soutenir ceux qui ont besoin d'aide en cours de processus.
Le type de situation d'apprentissage
L'enseignant organise donc les compétences disciplinaires en savoir et en savoir-faire qui vont s'actualiser, se mutualiser et se "signifier" dans la dimension sociocognitive et dans la dimension technologique. Dans ce cheminement "réflexif" l'élève est encouragé à développer des savoirs de haut-niveau, les seuls qui permettent une réelle intégration, efficace et raisonnée, des instruments informatisés. Les TIC servent d'outils de validation, d’évaluation ou de contrôle des apprentissages provoquant la prise de conscience de l'élève sur son degré d'engagement et les résultats qui en découlent.