Problématique de la motivation dans un contexte d'apprentissage

Louise Ménard
Enseignante à PROTIC et CP partenaire

École secondaire les Compagnons-de-Cartier, Québec
janvier 2006


Aborder les effets de la motivation, c'est par exemple, commencer par se poser cette première question, souvent ressassée en salle des enseignants ou entendue par des parents : "Quand les élèves ne sont pas motivés, peut-on les motiver ? Comment se fait-il que mon jeune soit motivé une journée et qu'il ne le soit plus le lendemain ? ",... et par la suite, se poser cette deuxième question : "La motivation scolaire, peut-elle être une responsabilité partagée ? "

Le but de ce texte me fait continuellement replonger dans la problématique de base : "La dynamique des motivations et des buts de l'élève". Afin de considérer en profondeur cette problématique, je prendrai comme point de départ la question suivante: Qu'est ce que je veux que l'élève veuille - son but- ou qu'est-ce que je veux qu'il apprenne et qu'il fasse ? Et plus encore, qu'est-ce que je veux qu'il comprenne et dans quelles conditions ?

Le point de départ est l'hypothèse selon laquelle les motivations surviennent surtout lorsque la situation permet à l'élève de contrôler lui-même la qualité du travail en faisant des choix et en prenant des décisions. Mon hypothèse s'appuie sur des recherches en psychologie cognitive, en interactions sociales et de Vygotsky qui se résument ainsi : les effets de motivation ne font que s'accentuer si l'élève reçoit un soutien social et de proximité structurant. Mon hypothèse s'appuie également sur la motivation scolaire, autrement dit j'insère dans mon scénario pédagogique la possibilité pour l'élève de partager ce qu'il apprend à contrôler : ses idées sur son sentiment de compétences, sur l'environnement technologique, sur le déroulement des activités et sur sa relation aux autres. La motivation n'est pas un donné - observation de la réalité - mais un construit sur le donné - action et pensée - ; cette interaction "action - réflexion orientée" est un facteur essentiel de l'apprentissage.

Je me suis demandé ce qui pouvait motiver le partage ?... Nous connaissons tous les débats autour de la motivation externe ou interne.  On peut constater que certains élèves ont une source externe de motivation, par exemple, arriver le premier, avoir les meilleurs résultats de la classe...!  D'autres ont une source interne de motivation comme, par exemple, la fierté de l'accomplissement !… Le psychologue, David G. Myers propose deux définitions de la motivation (Ed De Boeck 1998):

  1. Motivation intrinsèque. Désir de réaliser un comportement pour son propre compte et pour être efficace.
  2. Motivation extrinsèque. Désir de réaliser un comportement pour obtenir une récompense promise ou par crainte d'une punition. Ce que je traduis ainsi dans mon approche socioconstructiviste : désir de réaliser un comportement pour révéler son expertise aux autres, pour contrôler (observer, souhaiter et agir en conséquence) davantage un changement, pour offrir ou recevoir de l'aide.

La source de motivation est-elle permanente telle une rivière qui coule ou est-elle facilement brisée au fil des événements qui se produisent dans le parcours de la situation personnelle, sociale et d'apprentissage ? La mise en place d’une régulière analyse des interactions offre, par la possibilité de relecture des données et par le questionnement métacognitif collectif, une avancée dans la compréhension non seulement de soi, mais des autres, des événements et des fluctuations de la motivation... On explore ses potentialités personnelles tout en profitant des étayages externes.

Quelques exemples de questionnement favorisant le développement métacognitif (quelques extraits tirés de l'ouvrage Lafortune et Deaudelin, 2001)

Favorise le développement métacognitif
Favorise un peu le développement métacognitif
Ne favorise pas le développement métacognitif

Qu'est ce qui t'amène à faire ces modifications ?

De quelle façon réajustes-tu le contenu d'un texte si tu te rends compte que tu ne réponds aux critères ?

Qu'est-ce qui t'amène à faire ces modifications ?

Que penses-tu comprendre dans ce que je viens de présenter ?

De quelle façon planifies-tu la rédaction d'un texte portant sur un thème précis ?

Après cette discussion, que modifierais-tu dans ta définition ?

Que connais-tu à propos de ce concept?

Comment évalues-tu ta réussite ? (de 1 à 10, 10 étant le haut)

 

On se donne ainsi d'autres entrées dans la situation à réaliser. On entraîne une variation de pensées. De nouvelles perceptions structurelles (ensemble des relations entre plusieurs faits ou entités) du monde vont permettre de modifier les représentations que le quotidien a échafaudées en soi. Ainsi, susciter la motivation consisterait à provoquer, chez les différents acteurs du système éducatif (parents, enseignant, élèves), la prise de conscience que les causes essentielles, génératrices d'une situation donnée, peuvent aussi dépendre de l'individu lui-même : en d'autres termes, que l'individu peut, par l'interaction entre sa pensée et son action, contrôler le changement, voire le développement... Ce déplacement interactif, cette attitude réflexive à partir de l'ensemble des manifestations d'action qui révèlent l'identité, est la pierre angulaire d'une construction, et donc d'une progression, qui serait le prolongement d'une motivation à agir.

L’environnement physique, les conditions de travail, le climat relationnel et la perception de ses propres habiletés jouent un rôle vital dans la création et le maintien d'un degré de motivation élevé chez l'élève.

Les indices qui nous permettrons de vérifier la motivation et la valeur que porte l'élève aux différentes étapes, par exemple de création de son WebFolio, nous les retrouvons dans ses paroles du genre " maintenant que je sais créer un site web, avant je ne savais même pas écrire une ligne, d'ailleurs je ne connaissais même pas un nom de logiciel, je suis très fier (fière) de moi ". Un côté de l'élève est motivé à apprendre comment utiliser cette technologie nouvelle mais, un autre côté de lui a peur de ne pas être à la hauteur.  Un côté de lui veut réussir mais un autre côté de lui sème des doutes dans son esprit.  Si la motivation positive entre en opposition avec une motivation négative, une partie de son énergie va alors servir à maintenir une dualité en lui. Parmi les indicateurs les plus fréquents à ce genre de situation, on retrouve l'hésitation, le doute, l'incertitude ou l'inquiétude et la confusion dans les buts poursuivis ; à l'extrême on peut constater l'inaction et la démotivation prolongée de l'élève.Cependant, ce qui est perçu comme négatif pour un élève ne l'est pas nécessairement pour un autre. La motivation repose sur l'observation de la structure dans son ensemble, des apprentissages possibles, des critères et des attentes.  Ce qui est sécurisant ou insécurisant pour l'élève, ce qu'il est capable ou pas capable de faire reposent sur sa perception de soi en interaction avec les modèles de situation proposés. 

Les modèles de situation sont donnés ; les croyances par rapport à ces modèles sont stables. Cependant, les critères pris en considération dans l'évaluation simultanée, ancrée et transformative servent d'appui à la perception que l'élève a de lui-même, des autres !  D'ailleurs, on dit que les élèves seraient d'abord motivés, mais lorsque leurs croyances deviennent problèmes leur motivation serait ébranlée.  Pourtant la rupture serait la première étape d'une résolution ou d'un progrès ! L'inquiétude, le doute, la déstabilisation et le déséquilibre cognitif seraient les étapes qui inciteraient à l'accomplissement d'actions nouvelles. Par contre, chaque étape de la situation problème peut devenir un frein à l’action et une source de démotivation à cause du niveau excessif de stress qu'elle produit. Faut-il pour autant éviter à l'élève toute situation problème ? Non ! Mais, il importe de tenir compte de la possibilité de ce dernier aspect. Certains élèves ont de la difficulté à vivre les situations complexes, il faut apprendre à "étayer" du simple au complexe, à "étayer" selon les groupes.... Par cet étayage, l'enseignant accompagne l'élève dans sa zone proximale de développement associée, dans notre cas, à sa capacité de comprendre sa manière de gérer, émotionnellement et cognitivement, les phases de déséquilibre intimement liées à la réalisation d'une situation-problème.

La motivation dépendrait de la démarche de l'élève chargé de l'encodage, du stockage et de la récupération d'informations personnellement vécues, situées dans leur contexte (temporel et spatial) d'acquisition. Toutefois, le contexte d'encodage ne se limite pas au "quand" et au  "où" l'information a été apprise mais intègre aussi un questionnement pouvant provoquer le développement métacognitif. La motivation serait constituée de ces éléments contextuels encodés, généralement, de commentaires habituellement identifiés par une réflexion avant et après des informations factuelles ou événementielles, traitées plus profondément et encodées de façon intentionnelle.

La notion de contexte est une composante essentielle de la motivation car elle offre à l'élève un contrôle sur les connaissances et les compétences acquises. La motivation est aussi associée à un état de conscience qui offre à l'élève la capacité de voyager mentalement dans le temps, de se représenter consciemment les événements passés et de les intégrer à un projet futur. La motivation donne la possibilité à l'élève de prendre conscience de sa propre identité dans le temps qui s'étend du passé au futur et lui permet un contrôle particulier sur son développement. Ainsi, la prise de conscience de la construction de son identité par l'élève lui-même le rend connaissant de son progrès et de ses apprentissages.

Puisque la situation problème associe un ensemble de ruptures, d'actions et de changements, il est normal de penser que plus d'actions signifient plus de ruptures et de changements. Mais comment puis-je accompagner les phases de réalisation d'une situation problème? Sur cette page, je propose un type d'accompagnement selon une approche cognitive.

Lorsque la motivation est positive, l'action est associée au plaisir d'agir.  La dynamique ainsi créée est fantastique puisque plus il y a d'actions plus il y a de plaisir et plus il y a de plaisir, plus il y a d'actions.  La motivation positive transporte le sentiment de réussite dans le présent; le temps qui s'écoule entre la décision de réaliser un projet et le moment de sa réalisation est une source d'enthousiasme.  Une personne peut alors exprimer son plein potentiel et devenir très efficace dans la réalisation de ses buts. Mais il importe de savoir également que chez certains élèves l'action peut dinimuer afin de diminuer avec elle la peur de se tromper... 
 
Comment cultiver la motivation ?

L'environnement de travail est adéquat dans ce sens qu'il permet

Je peux demander à l'élève de "poser" la situation avant de la réaliser. Prenons un exemple à partir de la modélisation d'une situation d'écriture de conte, l'élève liste les tâches ou activités à accomplir. Il va également écrire les habiletés requises pour chacune des tâches, puis indiquer les dates de début et de fin de l'accomplissement de la tâche. Dans un deuxième temps, je reprends avec l'élève la situation complète afin d'appliquer le processus de révision, de correction et d'amélioration du texte. Il s'agit de démontrer l'opérationnalisation des habiletés dans ce contexte de modifications du texte. Finalement, l'élève aura à remplir une fiche dont le questionnement facilitera le développement métacognitif et la perception des apprentissages.

Dates
Tâches
Ce que je dois faire...
Ce que je pense...
Ce que je modifie...
Ce que j'apprends...
  Lister les tâches à accomplir Identifier les habiletés demandées Identifier les habiletés opérationnalisées dans le processus d'écriture Marquer les modifications que ces habiletés entraînent Écrire les apprentissages (développement métacognitif)
           
           
           
           

Les études sur les interactions sociales (Doise et Mugny) rapportent que la relation humaine est à la source de la motivation. Ainsi, l'élève et l'enseignant dans leurs attitudes et comportements quotidiens de valorisation fabrique la motivation de l'ensemble du groupe. Chacun peut transformer ce sentiment de motivation par la perception des changements. Dans le tableau ci-dessus, les tâches et les habiletés prédominantes permettent à l'élève de remplacer sa peur de dire ouvertement ce qu'il pense, par une plus grande confiance en lui-même et une plus grande facilité à exprimer ses idées ; de remplacer son inquiétude quand vient le temps de s'adapter au changement par une hausse de ses capacités à réaliser de nouvelles choses ; de remplacer ses doutes concernant son efficacité par une plus grande confiance en ses propres façons de faire retraçables.  L'élève apprend à voir les problèmes comme des opportunités à faire ce qu'il ne se savait même pas capable. 

Au PROTIC, la relation ne se situe plus qu'entre l'élève et l'enseignant, mais elle est aussi dirigée entre l'élève et le savoir, l'élève et lui-même, l'élève et les autres. Cette nouvelle situation d'apprentissage place l'élève dans une autre posture. D'abord on peut penser que face au savoir utiliser l'ordinateur, l'élève aura moins d'appréhension, de crainte de se tromper, d'échouer puisque l'ordinateur ne lui transmettra pas de commentaires ou des remarques qui pourraient le blesser. Mais ce n'est pas suffisant, car ce serait l'enfermer dans un "isoloir". Il s'agit donc de créer des modèles de situation qui peuvent aider l'élève à entretenir des relations de partage avec les autres, cela peut éviter de prendre une attitude de "laisser-aller". Certains élèves pourraient faire "du n'importe quoi" si chacun d'entre eux ne prend pas le temps de définir et de planifier les activités ou les tâches. En allant encore plus loin dans les désavantages de la quasi-inexistence de l'enseignant quand l'élève utilise l'ordinateur-portable et les outils Internet : on pourrait imaginer des élèves qui considèrent le travail à l'ordinateur uniquement comme un jeu où le divertissement prime sur l'apprentissage; on pourrait même imaginer des élèves qui ne savent pas lire mais simplement recueillir et coller bout à bout les informations du texte - sur Internet - qui contiennent le mot recherché (en utilisant la fonction "rechercher dans le texte").

A ce sujet, une question intéressante est posée : "Comment exploiter la force de motivation que recèlent les TIC (et la motivation qu'elles suscitent chez les élèves) pour la diriger vers les buts d'apprentissage ? La motivation dite "extrinsèque" pourrait dans ces cas là être un moyen pour rendre attentif l'élève à son travail. Le sens socialement construit peut motiver l'élève à entreprendre les activités qu'il n'aurait pas penser entreprendre autrement. En outre, dans le cadre de l'usage des TIC au quotidien, l'élève peut se sentir compétent, il sait que ce qu'il va faire n'est pas parfait, mais il sait aussi qu'il connaît des logiciels et qu'il utilise des technologies que ses amis ne connaissent ou n'utilisent pas. Sa représentation prendra du sens lorsqu'il y aura quelqu'un qui répondra à son questionnement pour l'aider à aller plus loin et qu'il pourra, en retour, aider quelqu'un qui le lui demandera. Bien sûr, "ce sens social" ne prend pas la même signification pour tous les élèves et c'est là où se trouve l'enjeu de l'école actuellement : réussir à motiver, à donner l'envie d'apprendre et de comprendre à tous les élèves malgré la différence des démarches intellectuelles, sociales, méthodologiques et communicationnelles.

Ma réflexion sur la motivation des élèves évolue dans le temps, elle a grandi grâce à la participation et aux commentaires des élèves. Bien entendu j'ai un fil conducteur que je veux suivre, mais parfois leur motivation est telle que je ne peux que le reconsidérer et en tirer profit. Ainsi, mon modèle de scénario pédagogique est toujours le même au cours d'une année, mais la démarche peut se transformer de fil en aiguille. J'utilise ce que les élèves font pour les introduire vers des stratégies nouvelles. Et je m'applique à observer ce potentiel de stratégies "de proximité". Si je ne pense pas tout au départ, les élèves peuvent alors me surprendre et je peux ensuite leur proposer de partager entre eux leurs découvertes.

Exemple de scénario pédagogique

Par exemple, dans la création du WebFolio, nous pouvons tous imaginer la motivation de l'élève quand il va montrer aux parents, amis, frères et sœurs son "chef-d'œuvre" visible sur le Web avec tout ce que la démarche a pu impliquer de motivation négative et de motivation positive. De plus, dans ce cas du WebFolio, les facteurs de motivation se dynamisent puisque Internet est un moyen de découvrir le monde, de s'ouvrir à soi-même et aux autres : le réseau ouvre les murs de la classe à tout un monde qui informe, qui apprend et qui s'apprend...

D'ailleurs l'exploitation efficace des TIC n'est-elle pas une des compétences transversales à atteindre...

Problématique de la motivation http://tecfa.unige.ch/etu/LME/0102/blanc-marechal-polga/presentation/problmotivation.htm