Pourquoi est-ce si difficile de satisfaire les besoins des élèves ?
Louise Ménard
Enseignante à PROTIC et CP partenaire
École secondaire les Compagnons-de-Cartier, Québec
janvier 2006
Parce que les véritables besoins des élèves sont complexes et qu'ils n'en ont souvent eux-mêmes pas conscience. L'analyse des besoins vise à déterminer les besoins existants. L'enseignant peut mener une telle analyse. Les besoins peuvent se catégorisent ainsi : fonctionnels, les identitaires et les émotionnels.
Les besoins fonctionnels
C’est évidemment l’étape fondamentale du processus de choix. Idéalement, cette démarche doit être menée par des "situations" susceptibles de faire appliquer les processus requis. Les besoins fonctionnels sont typiquement :
La situation permet de mettre au jour des processus et apporte des pistes concrètes d'action. Les processus de perception occupent une place importante dans les sciences cognitives. Ils sont le plus souvent décrits en termes de traitement d'une information qui trouverait sa source dans un réel indépendant de l'observateur (ce qui renvoie à la question des universaux perceptifs). Nombreux sont ceux qui contestent cette position et proposent des approches alternatives. Parmi celles-ci, un constructivisme pour lequel l'environnement et le sujet s'élaborent au cours d'une histoire conjointe dans laquelle culture et intentionnalité interviennent de façon constitutive. Quels sont alors les rapports que le système cognitif développe avec son environnement ? Quelles sont les conditions cognitives d'une culture de groupe ? Quelles notions de culture de groupe sont opérationnelles pour la cognition ? Jusqu'où peut-on raisonnablement étendre l'idée de culture de groupe ?
Après l'analyse des besoins, la visée est de rechercher des solutions pour combler l’écart constaté entre les besoins des élèves et les besoins de formation. Les solutions sont à la fois techniques (applications procédurales) et organisationnelles (amélioration des processus internes).
Le choix de situation. C’est une étape critique. Définir et pondérer les critères d’évaluation puis noter les différents scénarios pédagogiques. La difficulté réside dans le choix des critères. Les critères doivent notamment couvrir toute la situation choisie. Parmi ces critères, citons :
Ainsi les situations ont toutes un point commun : elles veulent des élèves actifs et créer une relation d'entraide entre les élèves.
Les besoins identitaires
Dans la perspective des besoins identitaires, la connaissance et la technique nous conduisent à un apparent paradoxe : d'une part, les compétences sont construites au cours d'activités situées et s'inscrivent dans un contexte, alors que, d'autre part, les compétences visent à produire et à formuler les connaissances scientifiques. On peut aussi considérer la connaissance comme construite et la traiter comme le résultat de procédures complexe. Dans le premier cas, la connaissance est conçue comme la découverte progressive d'une réalité préexistante. Dans le second cas, l'existence de connaissances requiert des explications. Ce dernier point de vue amène à prendre comme objet de réflexion les processus de co-construction de sens, notamment dans leur formulation et dans leur formalisation.
Les besoins émotionnels
Selon la perspective des besoins émotionnels, on dit que le côté masculin a besoin avant tout de confiance et le côté féminin a besoin avant tout d’attention. Si les élèves, êtres cognitifs complexes, arrivent à comprendre qu'ils se nourrissent mutuellement et qu'ils le réalisent, c'est là que naît la collaboration. Et là, on est dans un cercle d'attention où l’on accorde à l’autre ce dont il a besoin, en le sachant et conscient du pourquoi on le fait. Tous les êtres humains ont la capacité d'identifier les éléments qui, dans la situation, sont pertinents pour eux. Ces éléments constituent le "contexte" qui leur permettra d'agir, de communiquer et de raisonner. Cette identification, qui peut apparaître comme une sélection, est essentielle pour l'élève, puisqu'elle conditionne sa perception elle-même. Cette capacité émotionnelle repose, en particulier, sur les croyances et les intentions des élèves, ainsi que sur leur disponibilité attentionnelle. Elle est bien illustrée dans la communication (verbale, gestuelle,...). L'identification du pertinent comporte l'examen de la construction du contexte (écriture d'un bilan des acquis) notamment dans le cadre d'une communication à l'oral ou par écrit. L'élève va alors confronter un certain nombre de démarches méthodologiques parfois opposées, parfois complémentaires, allant de la création d'une compréhension optimale à l'échec de la communication en situation (le montage du dossier d'apprentissage ou du portfolio). La construction du contexte permet de mieux cerner la spécificité des processus - ou besoins - cognitifs chez les élèves.
L'illustration ci-dessous met en lumière les besoins qui constituent les véritables moteurs du choix des élèves.

L'analyse des besoins est structurée autour d'un cadre conceptuel issu de la psychologie cognitive et plus spécifiquement de la théorie des choix de Glasser, sur lequel est positionné l'ensemble des besoins universels des élèves.

Le modèle s'inscrit dans une nouvelle génération d'outils d'analyse des interactions des élèves. Il utilise de manière complémentaire des approches qualitatives et quantitatives basées sur un cadre de référence commun, ce qui permet de maximiser les changements appropriés.
Le modèle comprend quatre composantes spécifiques qui peuvent être combinées ou utilisées séparément. Le cadre conceptuel offre un système d'analyse cohérent au cours des différentes phases de production, aussi bien au plan individuel qu'au plan collectif.
Accroître la qualité des interactions
Chaque analyse s'adapte à une situation. Ci-dessus, le modèle des besoins en regard des interactions donne une vision globale des interactions et du positionnement des différents élèves du groupe.
Exemple d'empreinte d'une manifestation collective
L'empreinte de la manifestation collective A est projetée sur l'analyse des besoins pour vérifier si elle répond aux attentes des segments "Entraide" et "Détente" auxquels elle est rattachée. On observe une bonne cohérence (attributs en violet), mais pour améliorer sa performance collective, la manifestation devrait s'éloigner des caractéristiques vertes "complaisance", "ordinaire", "désinvolte", "passer un bon moment" et "se regrouper avec des amis" et se recentrer sur les attributs "Empathie", "Maîtrise" "Attitude collaborative" et "Coopération" (rouges).

Avec ce modèle des besoins, il est possible d'approfondir sa connaissance des interactions du groupe et d'innover des étayages appropriés pour enrichir les attitudes d'entraide, de dialogue et d'accueil qui engagent la responsabilité des apprentissages de tous par tous.
On pourrait prendre un autre type de situation
Un type de communication orale par exemple.
Selon l'ouvrage "La prise de parole en public", les paramètres de la communication orale sont au nombre de six.
Chacun de ces paramètres possède quatre éléments pour un total de 24 éléments.
| Attitudes |
Pensées |
Non-verbal |
Sons |
Mots |
Matériel |
| 1. Empathie | 5. Clarté | 9. Physionomie | 13. Registre | 17. Adaptation | 21. Pertinence |
| 2. Confiance | 6. Intérêt | 10. Gestuelle | 14. Volume | 18. Évocation | 22. Perceptibilité |
| 3. Authenticité | 7. Crédibilité | 11. Parure | 15. Articulation | 19. Transmission | 23. Esthétique |
| 4. Enthousiasme | 8. Organisation | 12. Maintien | 16. Vitesse | 20. Harmonie | 24. Maniabilité |
Nous allons appliquer des procédures qui va permettre d'optimiser les 24 éléments. On appelle procédure une fonction qui permet d'effectuer un ensemble d'opérations particulières. La procédure a été observée et nous avons après coup traduit un résultat sous forme d'expression. La valeur du résultat est illustré par une couleur qui permettra de visualiser les choix et la performance collective en matière de communication orale.