Louise Ménard
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Pamphlet et pamphlétaire

DÉMARCHE

  1. Se donner une définition du pamphlet et du pamphlétaire
  2. Lire les pamphlets donnés en référence ci-dessous.
  3. Faire ressortir les procédés du pamphlet de Pierre Falardeau. En suivant ce lien, tu pourras constater tous les procédés utilisés pour rédiger ce pamphlet. Tu cliques sur l'hyperlien, puis sur l'icône en forme de livre. Tu verras exactement comment l'auteur a inséré ce procédé dans le texte. Reprends dans un tableau, les procédés utilisés
    Procédés
    Définition
    Exemples
         
  4. Identifier une institution ou une personne qui a oeuvré pour ou contre le mouvement de luttes pour la conquête des libertés et des droits civils et contre laquelle tu souhaites écrire un pamphlet.
  5. Faire un pastiche dans le but d'imiter un pamphlétaire; donc, d'écrire un pamphlet. Le pastiche est un écrit dans lequel un auteur en imite un autre. Le pastiche est un moyen d'apprendre soi-même à écrre. On fait un pastiche lorsqu'on écrit "à la manière de..."

DÉFINITION

  1. Le pamphlet : Un texte de reproche adressé aux autorités et basé sur des faits + de définition
  2. Le pamphlétaire est l'auteur d'un pamphlet, il s'associe intellectuellement à des penseurs, des écrivains qui refusent de pactiser avec la médiocrité ambiante.

QUELQUES PAMPHLETS ET PAMPHLÉTAIRES

Blaise Pascal (1623-1662), Les Provinciales.
Jean-Paul Marat (1743-1793), Les Chaînes de l'esclavage.
Camille Desmoulins (1760-1794), La France libre.
André de Chénier (1762-1794), Iambes.
Paul-Louis Courrier (1772-1825), Pamphlets.
Henri Rochefort (1831-1913), La Lanterne.
Jules Vallès (1832-1885), Les Réfractaires.
Arthur Buies (1840-1901, Québécois), La Lanterne.
Émile Zola (1840-1902), J'accuse.
Octave Mirbeau (1846-1917), Le Comédien.
Léon Bloy (1846-1917), Les Dernières colonnes de l'Église.
Charles Péguy (1873-1914), Notre jeunesse.
Jean Paulhan (1884-1968), De la paille et du grain.
René Crevel (1900-1935), L'Esprit contre la raison.
Pierre Vadeboncoeur(1920, Québécois), Un génocide en douce.
Jean-François Revel (1924), La Cabale des dévots.
Pierre Vallières (1937, Québécois), Nègres blancs d'Amérique.
Pierre Falardeau (1946, Québécois), La Liberté n'est pas une marque de yogourt.

 


Pierre Falardeau LE SUPPLICE DE LA GOUTTE dans La Liberté n'est pas une marque de yogourt. Ce texte a d'abord été publié dans Le Devoir et La Presse. Il s'agit d'une réplique à une lettre de M. Salvatore Scali, concepteur-rédacteur en publicité.

Votre "La pub c'est la liberté" résume bien, monsieur Scali, tout ce que je déteste dans la publicité, soit la perversion du langage... Cette perversion qui ratatine la pensée, qui rabaisse l'esprit, qui abrutit la conscience, qui rapetisse la vie. Cette perversion des mots qu'on nous enfonce dans la gorge, 1000 fois par jour. Jour après jour. Sans fin. Comme le supplice de la goutte. Comme si on poursuivait, à l'échelle de la planète, l'opération militaire américaine au Viêtnam baptisée " La Conquête des coeurs et des esprits ". Le totalitarisme de la marchandise, c'est aussi du totalitarisme.

...Cette perversion qui consiste à associer un produit à tout et à rien, dans le seul but de nous le vendre. Cette perversion qui permet de coller n'importe quoi à n'importe quoi pour donner une signification à ce qui est insignifiant. Cette perversion qui cherche à donner du sens à des objets sans bon sens en leur transférant des qualités qui n'existent que dans le cerveau vicieux des faiseux d'annonces.

Je regrette beaucoup, monsieur Scali, mais pour moi la liberté n'est pas une marque de yogourt. [... ]

Quand je pense à la liberté, monsieur Scali, je pense à Pablo Casals, à Miron, à Gilles Groulx, à Siqueiros. Je pense à Vadeboncoeur, à René Char, à Camus, à Étienne de La Boétie. Jamais à ce concepteur-rédacteur qui cherche à me faire croire que la liberté, c'est un tas de tôle fabriqué par General Motors, Toyota ou Chrysler. Un tas de tôle, en fait, qui ne sert qu'à transporter son gros cul d'un bungalow insipide à un centre d'achats déprimant. [... ]
Ma critique, cher monsieur Scali, contrairement à ce que vous pensez, n'est pas artistique ni étroitement idéologique. C'est beaucoup plus profond. Ma critique est physique. Je dirais même biologique.La petitesse me donne mal au coeur.C'est viscéral.


Charles Péguy

« Tout parti vit de sa mystique et meurt de sa politique. »

« Ceux qui se taisent, les seuls dont la parole compte. »

« Il y a des ordres injustes, qui cachent les pires désordres. »

« Il faut tout de même voir qu'il y a des ordres apparents qui recouvrent, qui sont les pires désordres. »

« En politique, on ne s'entendra jamais. Mais c'est peut-être ce que demandent les partis. C'est peut-être le jeu des partis. »


Jean-Paul Marat

Quelques citations extraites de son oeuvre Les chaînes de l'esclavage.

"Quelquefois les plus petits ressorts font mouvoir les plus grandes machines."

"La trop grande sécurité des peuples est toujours l'avant coureur de leur servitude."

"Tout pouvoir qui ne tolère que nos faiblesses doit être détruit."

"C'est par la violence que l'on doit établir la liberté."

"Il semble que ce soit le sort inévitable de l'homme de ne pouvoir être libre nulle part."


Léon Bloy

"Mon existence est une campagne triste où il pleut toujours".

"Une sainte peut tomber dans la boue et une prostituée monter dans la lumière, mais jamais ni l'une ni l'autre ne pourra devenir une honnête femme".


Pierre Vallières
Nègres blancs d'Amérique pour lire d'autres extraits de l'oeuvre de Vallières

"Car il est anormal, injuste et inhumain que le pouvoir économique et politique qui gère la vie entière des travailleurs n'appartienne pas aux travailleurs eux-mêmes, mais à d'autres, à des parasites dont la seule fonction, la seule ambition et le seul intérêt est d'accumuler des profits sans limites, à même le travail, l'énergie, la sueur, la vie de la majorité des citoyens."

"Être un "nègre", ce n'est pas être un homme en Amérique, mais être l'esclave de quelqu'un. Pour le riche Blanc de l'Amérique yankee, le "nègre" est un sous-homme. Même les pauvres Blancs considèrent le "nègre" comme inférieur à eux. Ils disent : "travailler dur comme un nègre", "sentir mauvais comme un nègre", "être dangereux comme un nègre", "être ignorant comme un nègre"... Très souvent, ils ne se doutent même pas qu'ils sont, eux aussi, des nègres, des esclaves, des "nègres blancs". Le racisme blanc leur cache la réalité, en leur donnant l'occasion de mépriser un inférieur, de l'écraser mentalement, ou de le prendre en pitié. Mais les pauvres blancs qui méprisent ainsi le Noir sont doublement nègres, car ils sont victimes d'une aliénation de plus, le racisme, qui, loin de les libérer, les emprisonnent dans un filet de haines ou les paralyse dans la peur d'avoir un jour, à affronter le Noir dans une guerre civile."

"Le gros problème, c'est que les fascistes ont le capital au départ, tandis que nous, au départ, nous n'avons que le droit, la justice... et la pauvreté. Mais les fascistes se font rarement tuer pour le peuple. Ils ne font rien par solidarité, sans un objectif matériel. Ils brisent les grèves et fusillent les travailleurs qui veulent s'emparer des usines. Ils sont du côté de la Police et des Juges. Mais, malheureusement, le peuple s'en aperçoit souvent trop tard… Et alors, une fois de plus, la résignation, la soumission et la honte reprennent le dessus sur la violence et le désir de libération.
Tout cela n'est pas simple ni toujours "contrôlable" physiquement. Dans un temps de crise, la théorie est une bien petite arme. C'est avant la crise qu'il faut voir clair et organiser les fondements d'une révolution populaire. Il faut toujours avoir présent à l'esprit que les crises économiques, politiques et sociales qui favorisent le développement d'une révolution authentiquement populaire sont les mêmes qui favorisent, en même temps, l'émergence du fascisme. Et les classes dirigeantes ont toujours recours au fascisme quand elles sont prisent de panique. Car le fascisme est, en temps de crise, leur meilleur instrument de combat et de répression. Quand la crise est finie, les fascistes se font "démocrates", "libéraux", "sociaux-chrétiens"... L'illusoire démocratie peut recommencer d'exploiter le peuple dans un climat de "paix sociale" !"


Jean- Paul Chénier

Iambes

Comme un dernier rayon, comme un dernier zéphyr
Animent la fin d'un beau jour
Au pied de l'échafaud j'essaye encor ma lyre.
Peut-être est-ce bientôt mon tour.
Peut-être avant que l'heure en cercle promenée
Ait posé sur l'émail brillant,
Dans les soixante pas où sa route est bornée,
Son pied sonore et vigilant;
Le sommeil du tombeau pressera ma paupière.
Avant que de ses deux moitiés
Ces vers que je commence ait atteint la dernière.
Peut-être en ces murs effrayés
Le messager de mort, noir recruteur des ombres,
Escorté d'infâmes soldats,
Ébranlant de mon nom ces longs corridors sombres,
Ou seul dans la foule à grands pas
J'erre, aiguisant ces dards persécuteurs du crime,
Du juste trop faibles soutiens,
Sur mes lèvres soudain va suspendre la rime;
Et chargeant mes bras de liens,
Me traîner, amassant en foule à mon passage
Mes tristes compagnons reclus,
Qui connaissaient avant tous l'affreux message,
Mais qui ne me connaissent plus.
Eh bien! J'ai trop vécu. Quelle franchise auguste.
De mâle constance et d'honneur.
Quels exemples sacrés, doux à l'âme du juste,
Pour lui quelle ombre de bonheur,
Quelle Thémis terrible aux têtes criminelles,
Quels pleurs d'une noble pitié,
Des antiques bienfaits quels souvenirs fidèles,
Quels beaux échanges d'amitié,
Font digne de regrets l'habitacle des hommes?
La peur fugitive est leur Dieu,
La bassesse, la feinte. Ah! Lâches que nous sommes
Tous, oui, tous. Adieu, terre, adieu.
Vienne, vienne la mort! Que la mort me délivre!
Ainsi donc à mon coeur abattu
Cède aux poids de ses maux? Non, non. Puisse-je vivre!
Ma vie importe à la vertu.
Car l'honnête homme enfin, victime de l'outrage,
Dans les cachots, près du cercueil,
Relève plus altier son front et son langage,
Brillants d'un généreux orgueil.
S'il est écrit aux cieux que jamais une épée
N'étincellera dans mes mains;
Dans l'encre et l'amertume une autre arme trempée
Peut encor servir les humains.
Justice. Vérité, si ma main, si ma bouche,
Si mes pensées les plus secrets
Ne froncèrent jamais votre sourcil farouche,
Et si les infâmes progrès,
Si la risée atroce, ou, plus atroce injure,
L'encens de hideux scélérats
Ont pénétré vos coeurs d'une longue blessure;
Sauvez-moi. Conservez un bras
Qui lance votre foudre, un amant qui vous venge.
Mourir sans vider mon carquois
Sans percer, sans fouler, sans pétrir dans leur fange
Ces bourreaux barbouilleurs de lois!
Ces vers cadavéreux de la France asservie,
Égorgée! O mon cher trésor,
O ma plume! Fiel, bile, horreur. Dieux de ma vie!
Par vous seul je respire encor :
Comme la poix brûlante, agitée en ses veines
Ressuscite un flambeau mourant,
Je souffre; mais je vis. Par vous, loin de mes peines,
D'espérance un vaste torrent
Me transporte. sans vous, comme un poison livide,
L'invisible dent du chagrin,
Mes amis opprimés, du menteur homicide
Les succès, le sceptre d'airain;
Des bons proscrits par lui la mort ou la ruine,
L'opprobre de subir sa loi,
Tout eut tari ma vie; ou, contre ma poitrine
Dirigé mon poignard. Mais quoi!
Nul ne resterait donc pour attendrir l'histoire
Sur tant de justes massacres.
Pour consoler leurs fils, leurs veuves, leur mémoire,
Pour que des brigands abhorrés
Frémissent aux portraits noirs de leur ressemblance?
Pour descendre jusqu'aux enfers
Nouer le triple fouet, le fouet de la vengeance,
Déjà levé sur ces pervers?
Pour cracher leurs noms, pour chanter leur supplice?
Allons, étouffe tes clameurs;
Souffre, o coeur gros de haine, affamé de justice;
Toi, Vertu, pleure, si je meurs.