Winston Spencer Churchill fut le génie de la Politique comme Léonard
de Vinci fut celui des Arts. Sa longue carrière témoigne de ses talents et de son absolu
respect pour les principes démocratiques.
Voici 90 ans d'Histoire, de
guerre, de politique et de littérature:
30 novembre 1874: naissance au château de Blenheim, à
Woodstock
2 septembre 1898: participation à la bataille d'Omdurman
1er décembre 1900: première élection aux Communes
5 décembre 1905: première participation à un gouvernement
1er octobre 1911: Premier Lord de l'Amirauté
23 mai 1915: démission de l'Amirauté
18 juillet 1917: ministre de l'Armement
6 novembre 1924: chancelier de l'Echiquier
5 décembre 1925: retour à la parité livre-or d'avant guerre
10 mai 1940: Premier ministre
du Royaume-Uni
8 mai 1945: capitulation de l'Allemagne
26 juillet 1945: démission du gouvernement
5 mars 1946: discours de Fulton
1953: prix Nobel de littérature
24 et 30 janvier 1965: décès à Londres; funérailles nationales
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En juin 1929,
après une carrière flamboyante, Winston Churchill
s'oppose bruyamment aux projets d'autonomie de la colonie des Indes. Cela lui vaut d'être
une nouvelle fois écarté des allées du pouvoir. Il a 55 ans et sa page dans les livres
d'Histoire reste à écrire.
La voix qui crie dans le
désert
S'amorce une traversée du désert qui durera dix ans, «the devil's decade» (la
décennie du démon). On pourrait croire que c'en est fini de la carrière politique de
Winston Churchill. Celui-ci fait de la peinture à Cannes, sur la Côte d'Azur, et
poursuit la biographie de son ancêtre: Vie de Marlborough.
Pourtant, certains observateurs entrevoient très tôt la véritable stature du
personnage. C'est ainsi que le conservateur Harold Nicholson déclare à son propos en
1931 dans la revue Vanity Fair: «C'est le pilote des causes désespérées.
Le jour où l'avenir de l'Angleterre apparaîtra désespéré, c'est lui que l'on
appellera comme leader». On ne saurait mieux dire.
Winston Churchill continue de déborder d'activité. Il prend très vite conscience du
danger que représente le nazisme.
Le 13 avril 1933, dans un discours aux Communes, il dénonce la menace que fait peser
Hitler, qui a accédé au poste de chancelier d'Allemagne deux mois plus tôt.
Mais ses foucades et ses erreurs de jugement sur l'avenir des Indes, sur Mussolini, sur
Franco,... vont enlever de la crédibilité à ses discours sur le nazisme.
Churchill, qui a dès 1927 rencontré Mussolini, le Duce d'Italie, a été
séduit par le personnage du dictateur fasciste. En 1935-1936, il plaide pour l'apaisement
avec l'Italie à propos de l'invasion de l'Éthiopie.
Lorsque les troupes allemandes réoccupent la Rhénanie en 1936, en violation du traité
de Versailles, il approuve l'inaction du gouvernement français.
La même année, quand l'armée espagnole se soulève contre le gouvernement
républicain espagnol, il prend le parti du général Franco.
Enfin, avec maladresse, l'héritier des Marlborough prend la défense du roi Édouard
VIII, tiraillé entre ses devoirs royaux et son amour pour Mrs Wallis Simpson. Il
n'empêche que le roi est obligé d'abdiquer le 10 décembre 1936 au profit de son frère,
le futur George VI (au grand soulagement des démocrates qui s'inquiétaient des penchants
germanophiles et pro-nazis d'Édouard VIII).
Le tournant se situe en 1937, lorsque Neville Chamberlain succède à James Baldwin à la
tête du gouvernement britannique.
Churchill ne ménage plus ses critiques contre le nouveau Premier ministre qui prône l'«appeasement»
(apaisement) à tout prix avec le Führer allemand.
Le 5 octobre 1939, après les indignes accords de Munich, il tient aux Communes un grand
discours: «Nous avons subi une défaite, sans guerre, dont les conséquences nous
accompagnerons loin sur notre route...»
Lorsque
la guerre est déclarée, le 3 septembre 1939, Winston Churchill
revient au gouvernement sous la pression de l'opinion, à un
poste qu'il connaît bien, celui de Premier lord de l'Amirauté.
Dans les minutes qui suivent sa nomination, tous les navires reçoivent le même
télégramme: «Winston is back» (Winston est de retour).
Pendant plusieurs mois, les troupes franco-britanniques se tiennent l'arme au pied sur la
frontière occidentale de l'Allemagne. C'est la «drôle de guerre».
Bien qu'anticommuniste de la première heure, Churchill demande à ménager l'URSS de
Staline, lorsque celle-ci, alliée de l'Allemagne, attaque la petite Finlande le 30
novembre 1939.
Mais en tant que ministre de la marine, il suggère et organise une attaque à revers
en... Norvège. L'objectif est de couper aux Allemands la
route du fer, le précieux minerai étant extrait dans la Suède voisine.
L'affaire tourne au fiasco (comme le débarquement des Dardanelles en 1915!). Un corps
expéditionnaire franco-britannique débarque à Narvik et doit presqu'aussitôt
rembarquer, Hitler occupant la Norvège et le Danemark par surprise le 9 avril 1940.
Neville Chamberlain, avec une extraordinaire abnégation, assume la responsabilité de
l'échec et offre sa démission, blanchissant Churchill par la même occasion et laissant
à ce guerrier-né la mission de conduire la guerre.
Pour l'opinion publique et les députés, il ne fait plus de doute que Churchill est le
seul homme à même de mener la guerre.
Les dernières réticences sont levées grâce à... Hitler qui, le matin du 10 mai 1940,
lance ses armées contre la Belgique et la France. C'est la fin de la «drôle de
guerre».
Winston est appelé par le roi George VI à former un nouveau gouvernement le soir même
à 18h30.
Le recours
Trois jours après, Winston Churchill, 66 ans, présente son cabinet de guerre à la
Chambre des Communes. Lui-même détient les fonctions de Premier ministre et de ministre
de la Guerre. Chamberlain est à l'Intérieur et Halifax aux Affaires étrangères (ce
dernier milite encore en sous-main pour un arrangement de dernière heure avec Hitler).
Chacun s'attend à une invasion de la Grande-Bretagne. Mais le «vieux Lion» va
changer le cours de l'Histoire. Son atout, face à un establishment sceptique et
prêt à tous les compromis, est sa propre conviction d'être le seul homme à même de
sauver l'Angleterre. Le peuple va immédiatement se reconnaître en lui.
Le 13 mai, empruntant une formule adressée par le nationaliste italien Giuseppe Garibaldi à ses Chemises rouges en 1849, il lance à
l'adresse des députés et de ses concitoyens: «Je n'ai à offrir que du sang, de la
peine, des larmes et de la sueur!...»
Extrait du discours:
«I have nothing to offer but blood, toil, tears, and sweat. We have before us an
ordeal of the most grievous kind. We have before us many, many months of struggle and
suffering.
You ask, what is our policy? I say it is to wage war by land, sea, and air. War with
all our might and with all the strength God has given us, and to wage war against a
monstrous tyranny never surpassed in the dark and lamentable catalogue of human crime.
That is our policy.
You ask, what is our aim? I can answer in one word. It is victory. Victory at all
costs - Victory in spite of all terrors - Victory, however long and hard the road may be,
for without victory there is no survival....»
Le 16 mai, à Paris, devant le Président du Conseil français, Paul Reynaud, abattu,
Churchill prend conscience que l'Angleterre va devoir se battre seule contre une Europe
presqu'entièrement soumise à Hitler.
À Dunkerque, grâce à un arrêt momentané des troupes allemandes, 200.000 Britanniques
et 130.000 Français sont évacués vers la Grande-Bretagne.
Le 11 juin à Briare et le 13 juin à Tours, Churchill rencontre encore les chefs
français. Le 18 juin, aux Communes, il prononce l'un de ses plus beaux discours sur «la
plus belle heure», celle du combat et de la victoire.
Le 22 juin, enfin, se produit l'inéluctable: la France se retire
de la guerre et signe l'armistice avec l'Allemagne. Pendant
un an jour pour jour, jusqu'au 22 juin 1941 (invasion de l'URSS),
l'Angleterre churchillienne luttera seule contre l'Europe
de Hitler.
Chef de guerre
Hermann Goering, patron de la Luftwaffe, l'aviation allemande, inaugure le 30
juillet 1940 une grande bataille aérienne en vue d'abattre la résistance anglaise et de
permettre aux troupes d'invasion de traverser la Manche.
L'offensive tourne court grâce à l'extraordinaire réactivité des pilotes britanniques
du Fighter Command. 700 chasseurs sont engagés de part et d'autre, ainsi que
beaucoup de bombardiers du côté allemand.
Les Allemands ont plus de pertes que les Anglais et très vite doivent renoncer à tout
espoir de détruire l'aviation britannique.
Le 20 août, aux Communes, Churchill prononce une belle formule (soigneusement peaufinée
pendant plusieurs jours comme tous ses discours): «Never in the field of human
conflict was so much owned by so many to so few».
Le 7 septembre commence le Blitz. Dans son dépit de ne pouvoir envahir
l'Angleterre, Hitler décide de bombarder délibérément les grandes villes. L'East
End de Londre est le premier frappé.
Dès le 15 septembre, les attaques doivent se faire de nuit pour échapper à la défense
anglaise. A chaque fois, ce sont des vagues de 150 à 200 bombardiers qui larguent leurs
bombes incendiaires. En deux mois, Londres va ainsi en recevoir un million.
Le raid sur Coventry, dans la nuit du 14 au 15 novembre, est le plus destructeur de tous.
On prétendra - à tort - que Churchill avait eu connaissance du raid trois jours à
l'avance mais n'en aurait rien dit pour ne pas dévoiler ses sources!
La famille royale bénit le ciel lorsque des bombes sur le palais de Buckingham. Pour la
reine Elizabeth, c'est la meilleure façon de montrer que pauvres et riches sont
solidaires dans le malheur.
Le Blitz s'interrompra le 10 mai 1941, signant l'échec de ses promoteurs. La
guerre, entretemps, s'est transportée sur les bords de la Méditerranée.
Le 28 octobre 1940, Mussolini, présumant de la combattivité de ses troupes, attaque la
Grèce. Il est repoussé et appelle à l'aide son allié allemand. Hitler, qui n'en
demandait pas tant, lance ses troupes à l'attaque de la Yougoslavie et de la Grèce le 6
avril 1941.
Dans le même temps, en Afrique, les Anglais se sont lancés à la conquête des colonies
italiennes de Somalie et d'Éthiopie.
En décembre 1940, l'armée anglaise du Nil attaque et bat l'armée italienne du général
Graziani, stationnée en Lybie. Hitler envoie derechef le général Edwin Rommel à la
rescousse de ses malheureux alliés.
Le Premier ministre ne néglige pas les renseignements et les opérations subversives avec
le Specia Operations Executive (SOE).
Le 22 juin 1941, l'attaque de l'URSS par l'Allemagne apporte une bouffée d'espoir à
Churchill. L'Angleterre n'est plus seule! Le soir même, à la BBC, Churchill assure: «Tout
homme, tout pays qui combat le pouvoir nazi sera assuré de notre soutien».
Six mois plus tard, après l'attaque de Pearl
Harbor, c'est au tour des États-Unis d'entrer en guerre.
La défaite du nazisme devient dès lors inéluctable...
Moins de 18 mois après son accession à la tête du gouvernement anglais, Churchill prend
conscience que s'achève son rôle dans l'Histoire du monde!
Les déconvenues face aux exigences croissantes de ses alliés américains et soviétiques
vont accélérer son vieillissement et aggraver les mauvais penchants de son caractère.
Une pneumonie après la conférence de Téhéran, en 1943, manquera même de l'emporter.
Retrait
Le dimanche 10 août 1942, Winston Churchill et Franklin D. Roosevelt, président des
États-Unis, assistent ensemble à un service religieux sur le Prince of Wales,
à Placenta Bay, au large de Terre-Neuve. Deux jours plus tard, ils signent la Charte de
l'Atlantique, un document qui présente leurs buts de guerre.
À Londres, le 1er décembre 1942, à la demande de Churchill, William Beveridge publie
par ailleurs un rapport sur la réforme en profondeur des institutions sociales. C'est le «Welfare
State» (l'État Providence). Il s'agit d'assurer les Britanniques que leur effort de
guerre ne sera pas vain.
Le Premier ministre fait avaliser sa stratégie d'attaques périphériques. Ce sera en
novembre 1942 l'invasion de l'Afrique française du Nord puis l'année suivante l'attaque
de la Sicile et l'invasion de l'Italie. Mussolini tombera le 25 juillet 1943.
Entretemps, dès le 14 février 1942, Churchill prend sa revanche sur le Blitz en
décidant à son tour bombarder les villes ennemies. Cologne fait la première les frais
de cette vengeance. Le 30 mai, elle est noyée sous un déluge de bombes par... 1000
avions de la Royal Air Force (RAF). Les bombardements seront néanmoins coûteux
pour la RAF: 56.000 tués en 3 ans!
À Koursk, en Russie, les Soviétiques détruisent la fine fleur des panzers ou
blindés allemands au cours d'une gigantesque bataille.
La fin de l'année 1942 est marquée par une défaite, la prise de Tobrouk, en
Cyrénaïque (Libye) par Rommel («Le pire désastre et la plus affreuse défaite de
l'histoire britannique», d'après Churchill), et un retournement, la victoire
d'El-Alamein («Avant El-Alamein, nous n'avons jamais remporté de victoire. Après
El-Alamein, nous n'avons jamais connu de défaite»).
Le 28 novembre 1943, les trois Alliés, Rooesevelt, Churchill et Staline, tiennent une
conférence à Téhéran où ils prévoient l'ouverture d'un deuxième front à l'Ouest,
en Normandie, pour soulager les Soviétiques. Le débarquement est prévu en mai 1944 (il
sera retardé au 6 juin à la dernière minute). Un débarquement d'appui est aussi prévu
en Provence en août 1944.
Avec sa prescience habituelle, Churchill entrevoit la percée soviétique en Europe
centrale et veut la prévenir par un débarquement anglo-saxon sur les côtes de
l'Adriatique. Mais le piétinement des troupes alliées en Sicile et en Italie ne lui
permettent pas de convaincre Roosevelt du bien-fondé de son idée.
Churchill se console en se jetant corps et âme dans la préparation du débarquement de
Normandie. Une nouvelle fois, il démontre une inventivité extraordinaire. C'est ainsi
qu'avec l'amiral Mountbatten, il conçoit les ports artificiels en caissons préfabriqués
de 7000 tonnes, les «Mulberry Harbours».
Il soutient aussi le projet de «Hobart's Funnies» du général Hobart: des
tanks amphibies qui ouvriront le passage sur les plages de Gold, Juno et
Sword (leur absence à Omaha sera à la source de grandes difficultés
pour les Anglo-Saxons).
Après le débarquement du 6 juin 1944 et la «guerre des haies» en Normandie,
qui s'achève le 21 août avec la prise de Falaise, tout va très vite. Paris est libéré
le 25 août, Bruxelles le 3 septembre et la frontière allemande atteinte le 11 septembre.
Entretemps le 13 juin, la première fusée V1 («Vergeltungswaffe» ou
arme de la vengeance) s'est écrasée dans l'estuaire de la Tamise. Hitler, dans un
sursaut, tente de reprendre la main avec des bombardements de terreur.
70 engins par jour vont s'écraser sur Londres, faisant au total 6.000 tués chez les
habitants. Le 8 septembre, de nouvelles fusées font leur apparition: les V2,
avec une tonne d'explosifs chacune. 1100 V2 s'écraseront sur Londres jusqu'au 27
mars 1945. Bilan: 2700 tués.
Le sort de l'Europe nazie n'en est pas moins scellé. Face au triomphe soviétique,
Churchill tente de ravaler ses ressentiments. Le 9 octobre 1944, à Moscou, il rencontre
Staline en tête à tête et convient d'un partage d'influence dans les Balkans.
Mal inspiré et sans doute usé par l'âge et les déceptions, le Premier ministre
griffonne sur un papier: «1) Roumanie: 90% URSS, 2) Grèce: 90% GB, 3) Yougoslavie:
50%-50%, 4) Hongrie: 50%-50%, 6) Bulgarie: 90% URSS»!
La division de l'Europe est issue de ce chiffon de papier, que Staline ne respectera qu'en
partie. Le 3 décembre 1944, le Parti communiste grec (ELAS) tente de s'emparer
d'Athènes. Un corps expéditionnaire britannique intervient. C'est le début d'une atroce
guerre civile (tortures et meurtres de civils, femmes et enfants en grand nombre).
Cessez-le-feu le 14 janvier 1945.
Churchill commet par ailleurs l'erreur de soutenir en Yougoslavie le chef des communistes,
Josip Broz Tito, plutôt que les résistants royalistes ou démocratiques, au moins aussi
efficaces contre les Allemands.
Du 4 au 11 février 1945, à Yalta, en Crimée (URSS), les trois alliés conviennent d'une
entrée en guerre de l'URSS contre le Japon (celui-ci capitulera avant qu'elle soit
effective), ainsi que d'une future zone d'occupation pour la France, en Allemagne. Le sort
de la Pologne reste en suspens (malgré le courage de sa population, elle sera finalement
abandonnée à l'ogre soviétique).
Le jour de la victoire en Europe («VE Day»), le 8 mai 1945, consacre le
triomphe de Winston Churchill. Il s'élève plus haut dans la mémoire des hommes que son
illustre ancêtre, le duc de Marlborough.
365.000 Britanniques dont 100.000 civils auront donné leur vie pour ce jour.
Fin
La suite est plus triste. Les électeurs renvoient Churchill dans l'opposition aux
élections du 5 juillet 1945, quatre semaines après la capitulation de l'Allemagne!
À son absence de programme, ils ont préféré les promesses terre à terre des
travaillistes guidés par Clement Attlee: «Let us face the future» (Faisons
face au futur).
Faisant contre mauvaise fortune bon cur, respectueux comme à son habitude de la
démocratie, Churchill reprend son bâton de pèlerin à 72 ans.
Il redécouvre la menace que représente l'Union soviétique pour la paix et appelle le 5 mars 1946 à la constitution d'un front des démocraties.
Ce sera l'OTAN.
Prémonitoire, le 19 septembre 1946,
à l'Université de Zurich, il appelle de ses vux les États-Unis
d'Europe, sur la base d'une réconciliation franco-allemande!
En octobre 1951, enfin, il gagne à la tête des conservateurs ses premières élections
législatives.
Cette fois, il devient Premier ministre en tant que chef de la majorité parlementaire et
non plus en recours de la dernière chance. Il est vrai que ce retour aux affaires
s'avère très décevant. Le 5 avril 1955, le «Vieux Lion» se retire pour
raisons de santé dans sa résidence de Chartwell, dans le Kent. Il cède la place à son
fidèle adjoint, Anthony Eden.
Le 24 janvier 1965, à 8h, sir Winston Spencer Churchill, duc de Marlborough, rend le
dernière soupir (le même jour et à la même heure que son père, 70 ans plus tôt!).
Il a droit à des funérailles nationales, un privilège réservé aux souverains et
auquel ont eu droit en tout et pour tout cinq roturiers anglais seulement: Pitt, Nelson,
Wellington, Gladstone et lui-même.
Churchill et les juifs
Churchill est de tous les leaders alliés celui qui a montré
le plus de compassion pour les juifs persécutés
par les nazis.
Il déclare ainsi dans le discours à la Nation du 24 août 1941 (soit au tout début des
massacres d'innocents): «Depuis les invasions mongoles au XIIe siècle, on n'a jamais
assisté en Europe à des pratiques d'assassinat méthodique et sans pitié à une
pareille échelle. Nous sommes en présence d'un crime sans nom (...). Quand sonnera
l'heure de la libération de l'Europe, l'heure sonnera aussi du châtiment».
Bibliographie
Churchill a écrit 15.000 pages dont une bonne partie sur son action. Il est évidemment
au centre de très nombreux ouvrages bibliographiques, dont trois excellents, récemment
parus en France.
Le premier a pour auteur l'historien François Kersaudy: Winston
Churchill, le pouvoir de l'imagination (Tallandier, octobre 2000, 600
pages). Il tisse de l'Anglais un portrait haut en couleur, très agréable à la lecture.
François Bédarida est l'auteur d'une biographie toute aussi intéressante mais davantage
orientée sur l'action politique du héros: Churchill (Fayard, 1999, 570 pages).
«Last but not least», la biographie de l'historien-journaliste Sébastian
Haffner, écrite en 1967, a été pour la première fois traduite en français en 2001 par
les éditions Altvik sous le titre: Churchill, un guerrier en politique.
Cet ouvrage de 240 pages est le plus percutant du point de l'analyse politique. Avec
objectivité et lucidité, il fait ressortir les forces mais aussi les faiblesses de
Churchill. Il fait revivre tous les personnages qu'il a côtoyés dans sa longue carrière
et met en lumière les débats auxquels il a été mêlés.
Enfin, rien ne vaut la consultation directe de l'uvre monumentale du grand homme. Le
premier tome de ses Mémoires, consacré aux événements déterminants de
l'entre-deux-guerres (1919-1939) reste du plus grand intérêt pour la compréhension de
cette période. L'ouvrage est par ailleurs d'une lecture très agréable.
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