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Le
20 janvier 1942, une quinzaine de dignitaires nazis et d'officiers
SS se réunit à Wannsee, dans une villa de ce faubourg huppé
de la capitale allemande (Grossen Wannsee, 56-58).
Au cours de cette conférence de Wannsee, Reinhard Heydrich,
le chef des services de sécurité allemands - la Sicherheitspolizei
(SD) et le Reichsicherheits-Hauptamt (RSHA) -, expose
pour la première fois les modalités de la «solution finale
de la question juive» (en allemand: Endlosung der Judenfrage).
Cette expression énigmatique recouvre rien moins que le projet
d'exterminer tous les Européens israélites ou considérés comme
tels par les nazis.
C'est l'aboutissement d'un extraordinaire retournement de situation
si l'on veut bien songer qu'en 1914, l'Allemagne et l'Autriche
étaient considérées comme les pays européens les plus tolérants
envers les juifs.
Au début de la première guerre mondiale, les juifs américains
prirent même leur parti contre la Russie tsariste.
Montée
de l'antisémitisme
Adolf Hitler est le premier coupable de l'extermination des juifs.
Dans «Mein Kampf» (Mon combat), le gros livre qu'il écrit
en prison, en 1924, pour décrire son itinéraire et exposer son
projet politique, le futur Führer explique qu'il est
devenu un «antisémite fanatique» à Vienne, avant la guerre.
Mais c'est en 1918, suite à la défaite des puissances centrales,
que son antisémitisme devient véritablement haineux.
Hitler rejette la responsabilité de la défaite sur la «juiverie
internationale». En Allemagne même, les juifs aux commandes
de l'économie auraient poussé les responsables politiques à demander
l'armistice et encouragé les ouvriers à faire la révolution, comme
en Russie, afin d'anéantier le peuple allemand. En France et dans
les pays anglo-saxons, les juifs auraient aussi usé de leur influence
pour entraîner les gouvernements contre l'Allemagne et l'Autriche.
En 1920, le parti nazi projette d'attribuer aux juifs le même
statut qu'aux étrangers et de favoriser leur émigration. Dans «Mein
Kampf», Hitler s'épanche sur ses sentiments antisémites mais
ne dit rien du sort qu'il réserve aux juifs, une fois qu'il serait
au pouvoir. En 1928, il renouvelle le souhait de ne tolérer les
juifs en Allemagne «que comme des étrangers».
En 1935, au pouvoir depuis deux ans, Hitler prend les premières
lois antisémites en vue d'exclure les Juifs de
la vie nationale.
Jusqu'à leur entrée en guerre contre leurs anciens alliés soviétiques,
le 22 juin 1941, les nazis vont pratiquer un antisémitisme de
plus en plus brutal sans toutefois organiser de meurtres systématiques:
exclusion des Juifs de toutes les fonctions un tant soit peu importantes,
interdictions professionnelles, pogroms etc. Le summum est atteint
avec la Nuit de Cristal.
Ils pensent en finir avec les Juifs d'Europe en les regroupant
dans des «réserves», d'abord à Lublin, en Pologne, puis
à Madagascar. Jusqu'en 1941, un groupe de travail va réfléchir aux
moyens de convoyer les Juifs vers la grande île de l'Océan
Indien, alors colonie de la France.
Vers
l'extermination
Le 3 janvier 1939, tandis que se fait jour l'imminence d'un conflit
généralisé, Hitler évoque pour
la première fois en public le projet d'exterminer les Juifs et
non plus seulement de les chasser, cela dans l'hypothèse
où ils menaceraient son projet politique.
Cette hypothèse se profile pendant l'été 1941, quand le projet
hitlérien d'une alliance avec l'Angleterre et la France contre
les Soviétiques. A l'opposé de ce souhait, l'Allemagne se retrouve
en guerre contre l'Angleterre de Churchill et l'URSS de Staline. L'entrée en
guerre des États-Unis n'est plus qu'une question de mois.
Le Führer a des motifs de se réjouir de ses succès militaires
et pourrait se laisser gagner par l'euphorie.
Mais la guerre-éclair dans les plaines russes, engagée trop tardivement,
piétine devant l'arrivée de l'hiver et la résistance des partisans.
Appréhendant une nouvelle défaite après celle de 1918, le Führer
éprouve le besoin d'engager totalement le peuple allemand à
ses côtés.
Le
génocide et la guerre
A la fin de l'année 1941, en Pologne et en URSS, des groupes de
SS ont déjà assassiné 300.000 à 400.000 Juifs de différentes façons.
A la réunion de Wannsee, les nazis décident d'accélérer le processus
en lui appliquant un mode d'organisation industriel.
L'extermination des juifs d'Europe (mais aussi des tziganes) devient
systématique, faisant en moins de quatre ans un total de 6 millions
de morts.
Des simples citoyens aux SS en passant par les soldats de la Wehrmacht,
beaucoup d'Allemands se compromettent peu ou prou dans l'indicible
crime.
Parmi les peuples assujettis aux nazis, il se trouve aussi beaucoup
de gens pour se laisser entraîner à des actes impardonnables comme
l'a rappelé le procès de Maurice Papon.
En France, René Bousquet, jeune fonctionnaire ambitieux et
froid, est le principal acteur de l'entreprise d'extermination.
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Le
triangle de la mort
Les
nazis constituent en quelques mois un vaste réseau destiné
à drainer leurs futures victimes vers les camps de la
mort.
Des camps de transit disséminés dans toute l'Europe occupée
sont reliés par voie ferrée à ces camps situés en Pologne
méridionale, dans un triangle constitué par Treblinka,
Chelmno, Sobibor, Belzec et surtout Auschwitz (Oswiecim).
Dans le seul camp d'Auschwitz, où sévissent 3.000 SS sous
la férule de Rudolf Hoess, on arrive en 1944 à exterminer
et brûler les malheureux au rythme de 600 par jour.

Dès
1941, un camp de concentration (une prison) est construit
à Auschwitz pour les résistants polonais. Ces premiers
baraquements (Auschwitz I) reçoivent ensuite des prisonniers
de guerre soviétiques puis pour l'essentiel des juifs.
Une extension (Auschwitz II) est réalisée près du village
de Birkenau. C'est là que sont amenés les déportés destinés
à une mort immédiate. Ils sont dirigés dans des chambres
à gaz et leurs corps sont ensuite brûlés dans des fours
crématoires.
Un troisième camp (Auschwitz III) reçoit, comme Auschwitz
I, les prisonniers affectés au travail forcé. La plupart
sont affectés dans une usine chimique voisine de la firme
IG Farben.
Un médecin diabolique, Josef Mengele, se rend célèbre
en pratiquant à Auschwitz des expériences insoutenables
sur les déportés.
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Malgré le
secret dont elle est entourée, l'immense entreprise d'extermination
des juifs et des tziganes d'Europe est rapidement connue
à l'étranger.
Mais l'opinion démocratique se refuse jusqu'au bout à y croire
tant les faits paraissent invraisemblables.
Bibliographie
Sur la genèse du génocide juif, je ne saurais trop recommander
la lecture du livre de Philippe Burrin, professeur à Genève:
Hitler et les juifs, Seuil, 1989.
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