Ça blogue aux Compagnons-de-Cartier,
Isabelle Mathieu, Le Soleil, 2 décembre 2007
Marc n’aimait pas tellement ça, l’écriture. Vincent et Alexandre non plus d’ailleurs. Mais depuis qu’ils ont goûté au blogue, les trois élèves de troisième secondaire, comme les autres étudiants du programme Protic aux Compagnons-de-Cartier, rédigent de bon cœur, argumentent, se confient. Et sont lus par un nombre toujours plus grand d’internautes!
Un compte-rendu du dernier Kathy Reichs. Une légende autochtone. La recette des crêpes à la crème pâtissière. Un argumentaire sur le retrait des troupes canadiennes d’Afghanistan. Une leçon sur les verbes intransitifs. Les règles du hockey. On trouve de tout sur les 85 blogues des élèves de Protic, un programme de formation axé sur les nouvelles technologies.
Au début de l’année scolaire, les professeurs avaient proposé un cadre plutôt rigide, où seulement les travaux scolaires trouvaient leur place sur le blogue. Ils ont finalement décidé d’éclater la formule et de laisser les jeunes écrire sur leurs passions, leurs rêves, d’ajouter des photos, des vidéos.
Et ça marche! Le professeur de français et d’histoire, Martin Bélanger, est éberlué de voir les jeunes «écrire vraiment pour le plaisir et non parce que je leur demande». Chaque élève est administrateur de son blogue et y consacre quelques heures en classe, mais surtout à la maison, l’ordinateur portable sur les genoux. Il décide ce qu’il y met, sachant que
tout peut être évalué par les professeurs. Toutes les opinions sont les bienvenues, tant que les mots sont pesés. Alexandre Taschereau en a fait l’expérience à la dure. Son billet assez dur sur sa rencontre avec une conseillère en orientation a fait controverse et a suscité bien des commentaires. «J’ai appris qu’il faut bien évaluer le poids des mots qu’on écrit», confie le garçon.
Samuel apprécie de «pouvoir donner ses arguments sans être interrompu». Louis voit le blogue comme une bonne opportunité de «prouver qu’on n’est pas juste des ados qui fument et boivent de la bière!» Les élèves-blogueurs disent avoir le souci d’écrire sans faute d’orthographe. Bon, ils ne réussissent pas à tous les coups. Quelques «encor» (encore) et «ressèment» (récemment) se glissent dans les pages Web. Mais l’effort est là, juge le professeur Martin Bélanger.
Les blogues de Protic ont créé une véritable petite communauté, avec sa vie propre, en dehors de la classe. En plein dimanche après-midi, Maude peut poser une question sur un problème mathématique qui l’embête et, presque à coup sûr, obtenir le conseil d’un confrère de classe.
Grâce à son blogue, qui s’ouvre sur le visage de Johnny Depp en Edward aux mains d’argent, Cynthia a pu se rapprocher de son père, qui vit maintenant à Trois-Rivières. «Je mets les travaux scolaires dont je suis fière sur mon blogue et lui, il peut les lire à chaque semaine, raconte-t-elle, avec un sourire timide. C’est vraiment le fun.»


